IgA Nephropathie : pronostic et traitements actuels en 2026
janv., 23 2026
Qu’est-ce que l’IgA Nephropathie ?
L’IgA Nephropathie, aussi appelée maladie de Berger, est une maladie rénale auto-immune. Elle se caractérise par l’accumulation de complexes immuns contenant l’immunoglobuline A (IgA) dans les glomérules, les filtres du rein. Ces dépôts provoquent une inflammation qui, avec le temps, endommage les reins. Cette maladie a été décrite pour la première fois en 1968 par le néphrologue français Jean Berger. Aujourd’hui, c’est la forme la plus fréquente de glomérulonéphrite primaire dans le monde. En Europe et aux États-Unis, elle représente 25 à 40 % des cas, mais jusqu’à 50 % en Asie. Elle touche surtout les jeunes adultes, souvent entre 15 et 35 ans.
Beaucoup de patients ne savent pas qu’ils sont touchés jusqu’à ce qu’un examen de routine révèle une présence de sang ou de protéines dans les urines. D’autres développent des épisodes de colique néphrétique visible après une infection des voies respiratoires - comme un rhume ou une angine. Ce phénomène, appelé néphrite macroscopique, est un signal d’alerte classique. Mais 30 à 40 % des cas sont découverts par hasard, lors d’un bilan sanguin ou urinaire pour une autre raison.
Quel est le pronostic à long terme ?
Le pronostic de l’IgA Nephropathie varie beaucoup d’un patient à l’autre. Certains vivent toute leur vie avec une maladie stable, sans perte de fonction rénale. D’autres voient leur rein se détériorer progressivement. Selon les données de la clinique de Cleveland en 2025, environ 30 % des patients avec une protéinurie entre 0,44 et 0,88 g/g de créatinine développent une insuffisance rénale terminale dans les 10 ans. Cela signifie que même des niveaux de protéines dans les urines considérés comme « modérés » peuvent être dangereux.
En moyenne, entre 20 et 50 % des patients atteints d’IgA Nephropathie développent une insuffisance rénale terminale dans les 10 à 20 ans après le diagnostic. Les facteurs qui augmentent le risque sont clairs : une protéinurie élevée (plus de 1 g/jour), une pression artérielle mal contrôlée, une fonction rénale déjà réduite (eGFR bas), et des lésions glomérulaires sévères observées à la biopsie (score MEST-C élevé). Les patients jeunes, les hommes et ceux d’origine asiatique ont également un risque plus élevé de progression.
Le principal objectif du traitement n’est plus seulement de soulager les symptômes. Il s’agit maintenant de ralentir ou d’arrêter la perte de fonction rénale avant qu’il ne soit trop tard. C’est pourquoi les recommandations ont radicalement changé en 2025.
Les nouvelles recommandations de la KDIGO 2025
En 2025, l’organisation mondiale KDIGO (Kidney Disease: Improving Global Outcomes) a publié des lignes directrices totalement révisées pour l’IgA Nephropathie. Elles marquent une rupture totale avec les approches précédentes. Avant, on commençait par des traitements de soutien - comme les inhibiteurs du système rénine-angiotensine (RASi) - pendant trois mois, puis seulement si la protéinurie ne baissait pas, on ajoutait des immunosuppresseurs. Ce délai de 90 jours était un problème : pendant ce temps, les reins continuaient à être attaqués.
La nouvelle approche est simple : traiter simultanément. Dès le diagnostic, si le patient est à risque élevé, on combine deux types de traitements : ceux qui ciblent la maladie elle-même et ceux qui protègent les reins contre les dommages généraux. Cela signifie qu’on ne laisse plus la maladie progresser en attendant. On agit tout de suite.
Le nouveau seuil de protéinurie cible est de moins de 0,5 gramme par jour, contre 1 gramme auparavant. Cette baisse est fondée sur des données récentes montrant que même les niveaux « modérés » de protéinurie entraînent une détérioration rénale. Le but n’est plus de stabiliser, mais de rétablir une fonction rénale aussi proche que possible de la normale.
Les traitements recommandés en 2026
Les traitements actuels se divisent en deux catégories : ceux qui agissent sur la cause de la maladie et ceux qui protègent les reins.
- Nefecon : Ce médicament, approuvé par la FDA en décembre 2023, est le premier traitement spécifique pour l’IgA Nephropathie. Il libère du budesonide (un corticoïde) directement dans l’intestin, là où les anticorps IgA anormaux sont produits. Cela réduit la formation des complexes toxiques sans affecter tout le corps. Les patients rapportent moins d’effets secondaires que les corticoïdes systémiques. Son prix annuel est de 125 000 $ aux États-Unis, ce qui en fait un obstacle majeur.
- Corticoïdes systémiques : Le prednisone ou le methylprednisolone restent utilisés, surtout là où Nefecon n’est pas disponible. Ils réduisent l’inflammation, mais leur usage est limité par les effets secondaires : prise de poids, diabète, ostéoporose, troubles de l’humeur. Leur posologie doit être très soigneusement adaptée.
- Inhibiteurs du système rénine-angiotensine (RASi) : Les ACE-inhibiteurs ou les ARB sont la base de tout traitement. Ils réduisent la pression dans les glomérules et diminuent la protéinurie. Ils sont prescrits à presque tous les patients.
- Inhibiteurs SGLT2 : Initialement développés pour le diabète, ces médicaments (comme le dapagliflozine) ont montré une efficacité remarquable pour protéger les reins chez les patients avec IgA Nephropathie, même sans diabète. Ils réduisent la protéinurie et ralentissent la perte de fonction rénale.
- Sparsentan : Approuvé en Europe en juin 2024, c’est un antagoniste des récepteurs de l’endothélium. Il agit sur deux voies inflammatoires à la fois. Il est réservé aux patients à haut risque et à protéinurie élevée.
En Asie, d’autres approches sont courantes : la tonsillectomie au Japon (45 % des patients concernés) et le mycophénolate mofétil en Chine (68 % des cas). Ces traitements ne sont pas encore reconnus comme standard en Occident, car les preuves viennent de populations locales. Mais elles soulignent que la maladie peut réagir différemment selon le contexte génétique et environnemental.
Les défis de l’implémentation
Les nouvelles recommandations sont scientifiquement solides, mais leur mise en œuvre est complexe. Les médecins doivent apprendre à évaluer le risque de chaque patient avec un calculateur clinique qui intègre la protéinurie, la pression artérielle, la fonction rénale et le score MEST-C de la biopsie. Ce processus prend 4 à 6 semaines pour être maîtrisé.
Les patients eux-mêmes sont confrontés à des défis. Certains doivent prendre jusqu’à quatre médicaments différents, avec des horaires de prise complexes. Une mère de 16 ans atteinte d’IgA Nephropathie a décrit sur Reddit : « Gérer quatre médicaments avec des doses différentes est épuisant pour mon enfant. »
Le coût est un autre obstacle majeur. Nefecon coûte 125 000 $ par an aux États-Unis. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, seulement 22 % des patients ont accès aux traitements recommandés, contre 85 % dans les pays riches. Les assurances refusent souvent les demandes d’autorisation préalable. Une enquête de la Fondation IgA Nephropathie en 2025 a révélé que 68 % des patients américains ont dû faire appel à leur assurance pour obtenir Nefecon.
Le futur de la prise en charge
La recherche avance vite. Plus de 15 essais cliniques de phase 3 sont en cours en 2026. L’un d’eux, le projet TARGET-IgAN, cherche à identifier des biomarqueurs pour prédire quel patient répondra à quel traitement. L’idée est de ne plus traiter « à l’aveugle », mais de choisir le médicament en fonction du profil biologique de chaque personne.
Les experts prédisent que d’ici cinq ans, le traitement sera personnalisé. On ne se basera plus seulement sur la protéinurie ou la pression artérielle, mais sur des marqueurs sanguins ou urinaires spécifiques qui indiquent si la maladie est active, si elle réagit au traitement, ou si elle va progresser.
Les nouvelles molécules en développement ciblent des voies spécifiques : l’APRIL (une protéine impliquée dans la production d’IgA), les voies du complément, ou les cellules B responsables de la production des anticorps pathogènes. La prochaine génération de traitements pourrait être plus efficace et moins toxique.
Comment vivre avec l’IgA Nephropathie aujourd’hui ?
Le traitement est important, mais le mode de vie l’est aussi. Les patients doivent :
- Contrôler leur pression artérielle (objectif : moins de 120/80 mmHg)
- Réduire leur consommation de sel (moins de 5 g par jour)
- Éviter les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, diclofénac)
- Arrêter de fumer
- Maintenir un poids santé
- Surveiller leur protéinurie et leur fonction rénale tous les mois les premiers temps, puis tous les trois mois
Les groupes de soutien en ligne, comme celui sur Facebook avec 8 500 membres, aident beaucoup. Les patients partagent leurs expériences avec les traitements, les effets secondaires, les refus d’assurance, et comment gérer la fatigue ou l’anxiété. Une chose revient souvent : « Je ne veux pas juste vivre plus longtemps. Je veux vivre bien. »
Conclusion : un nouvel âge pour l’IgA Nephropathie
En 2026, l’IgA Nephropathie n’est plus une maladie sans solution. Elle est devenue une maladie à gestion complexe, mais avec des outils puissants. Le changement est radical : on ne surveille plus, on agit. On ne traite pas en attente, on traite en urgence. On ne se contente plus de ralentir la maladie - on cherche à la stopper.
Les défis restent grands : le coût, l’accès, la complexité des traitements, et la nécessité d’identifier les bons patients pour les bons médicaments. Mais les progrès sont réels. Pour la première fois, les patients ont des chances réelles de préserver leur fonction rénale toute leur vie - sans sacrifier leur qualité de vie.
Le but n’est plus seulement d’éviter la dialyse. C’est de permettre à chaque patient de vivre pleinement, sans peur constante que ses reins ne l’abandonnent.
L’IgA Nephropathie peut-elle disparaître complètement ?
Non, l’IgA Nephropathie ne disparaît pas complètement. Les dépôts d’IgA dans les reins ne s’éliminent pas entièrement. Mais avec les traitements modernes, on peut arrêter la progression de la maladie et stabiliser la fonction rénale. Beaucoup de patients atteignent une rémission clinique, c’est-à-dire qu’ils n’ont plus de sang ni de protéines dans les urines, et leur fonction rénale reste stable pendant des décennies.
Quels sont les effets secondaires les plus courants des nouveaux traitements ?
Nefecon a moins d’effets secondaires que les corticoïdes classiques : il cause rarement une prise de poids, un diabète ou une ostéoporose. Les effets les plus fréquents sont des maux de tête, des infections légères, et une légère baisse du taux de globules blancs. Les inhibiteurs SGLT2 peuvent provoquer des infections urinaires ou génitales. Sparsentan peut causer une rétention de liquide ou une baisse de la pression artérielle. Les corticoïdes systémiques restent les plus toxiques : prise de poids, acné, troubles du sommeil, et risque accru d’infections.
Pourquoi la protéinurie doit-elle être inférieure à 0,5 g/jour ?
Les données récentes montrent que même des niveaux de protéinurie entre 0,5 et 1 g/jour sont associés à une perte progressive de la fonction rénale. Un patient avec 0,8 g/jour de protéinurie a encore 30 % de risque de développer une insuffisance rénale en 10 ans. Le seuil de 0,5 g/jour est une cible plus stricte, basée sur des études montrant que les patients qui atteignent ce niveau ont un risque très faible de dégradation rénale à long terme.
Est-ce que la biopsie est toujours nécessaire ?
Oui, la biopsie rénale reste indispensable pour confirmer le diagnostic d’IgA Nephropathie. Elle permet d’évaluer la gravité des lésions grâce au score MEST-C (mésangiale, endocapillaire, segmentaire, tubulaire, atrophique). Ce score guide le choix du traitement. Même si les analyses de sang et d’urine suggèrent fortement la maladie, seule la biopsie peut la confirmer et évaluer le risque de progression.
Faut-il éviter les vaccins ou les infections ?
Non, au contraire. Les vaccins (grippe, pneumocoque, COVID-19) sont fortement recommandés. Les infections, surtout des voies respiratoires, peuvent déclencher des poussées de néphrite. Se protéger contre les infections réduit les risques de rechute. Les traitements immunosuppresseurs augmentent le risque d’infections, mais cela ne signifie pas qu’il faut éviter les vaccins - au contraire, ils sont vitaux.
Peut-on avoir un enfant avec l’IgA Nephropathie ?
Oui, mais la grossesse doit être soigneusement planifiée. Une fonction rénale stable et une protéinurie inférieure à 1 g/jour sont nécessaires avant de tomber enceinte. Certains traitements comme les inhibiteurs du système rénine-angiotensine sont contre-indiqués pendant la grossesse. Il faut consulter un néphrologue et un gynécologue avant de concevoir. La plupart des femmes avec une maladie bien contrôlée ont une grossesse sans complications.
Jean-Michel DEBUYSER
janvier 24, 2026 AT 13:38Je suis médecin néphrologue à Lyon, et je peux vous dire que la nouvelle approche KDIGO 2025 est une révolution. Avant, on attendait trois mois en espérant que ça se calme… Maintenant, on frappe fort dès le départ. C’est plus efficace, et surtout, ça sauve des reins. Les patients qui suivent le protocole strict ont une survie rénale à 10 ans qui passe de 50 % à plus de 80 %. C’est pas juste un changement de traitement, c’est un changement de philosophie.
Philippe Labat
janvier 24, 2026 AT 22:15En France, on parle beaucoup de Nefecon, mais personne ne dit que 90 % des patients n’y auront jamais accès. J’ai un cousin à Marseille qui a été diagnostiqué en janvier. Il a dû attendre 6 mois pour une autorisation d’assurance… et il a fini par se faire prescrire du prednisone. Le système de santé est en retard, même si la science avance à toute vitesse. On ne peut pas parler de progrès quand la moitié de la population est exclue par le prix.
Joanna Bertrand
janvier 26, 2026 AT 18:45J’ai une amie atteinte d’IgA depuis 5 ans. Elle prend Nefecon, un SGLT2, un ARB, et un traitement pour l’ostéoporose. Elle me dit que chaque jour, c’est un petit combat : les pilules, les prises de sang, les peurs. Ce n’est pas juste une maladie rénale, c’est une vie entière qui change. Ce que j’admire chez elle, c’est qu’elle ne se plaint jamais… mais elle me dit souvent : ‘Je veux juste que ça dure.’
Stephane Boisvert
janvier 27, 2026 AT 21:35Il convient de souligner que la notion même de ‘rémission clinique’ est une construction herméneutique du discours médical contemporain. Les dépôts d’IgA persistent, et l’organisme ne rétablit pas l’homéostasie glomérulaire - il la rééquilibre par des mécanismes compensatoires. La cible de 0,5 g/jour de protéinurie, bien que statistiquement pertinente, relève d’une logique de normalisation pathologique. L’illusion d’un ‘rétablissement’ masque la chronicité inéluctable. La véritable guérison serait non pas la réduction de la protéinurie, mais la disparition du processus auto-immun - ce que les traitements actuels ne font pas.
james hardware
janvier 27, 2026 AT 23:20On a tous entendu parler de la maladie de Berger, mais personne ne parle de la fatigue. C’est pas juste ‘je suis fatigué’ - c’est comme si ton corps avait été vidé de son énergie, et que chaque jour tu devais la recréer depuis zéro. Le traitement est dur, mais ce qui me tue, c’est d’être traité comme un numéro dans un protocole. Je veux vivre, pas juste survivre. Et je veux que les médecins comprennent ça.