Blockchain pour la vérification des médicaments : l'avenir de l'authenticité des génériques
janv., 29 2026
Les médicaments contrefaits tuent chaque année. Et la blockchain pourrait les arrêter.
Chaque année, plus de un million de personnes meurent à cause de médicaments contrefaits. Ce ne sont pas des chiffres hypothétiques. Ce sont des gens qui ont acheté un comprimé en ligne, cru qu’il venait d’une pharmacie fiable, et qui ont pris un poison. Les génériques, souvent les seuls accessibles aux personnes à faible revenu, sont les plus ciblés. Et pourtant, il existe une solution qui fonctionne déjà : la blockchain.
Imaginez que chaque boîte de paracétamol, chaque comprimé d’atorvastatine, ait son propre passeport numérique. Un code unique, gravé dans une chaîne immuable, qui suit chaque étape de son voyage : de l’usine jusqu’à votre pharmacie. Si quelqu’un tente de remplacer ce comprimé par une contrefaçon, le système le sait. En moins de deux secondes, un pharmacien peut scanner le QR code et vérifier si le médicament est authentique. Pas d’hypothèses. Pas de doutes. Juste une réponse claire : oui ou non.
Comment ça marche vraiment ?
La blockchain pour les médicaments ne fonctionne pas comme une cryptomonnaie. Ce n’est pas public. Ce n’est pas miné. C’est une base de données privée, sécurisée, partagée entre les acteurs légitimes : fabricants, distributeurs, grossistes, pharmacies. Chaque unité de médicament reçoit un numéro de série unique, conforme aux normes GS1. Ce numéro est lié à un code QR ou un code 2D sur l’emballage.
Dès que le médicament quitte l’usine, son parcours est enregistré sur la blockchain : date, lieu, transporteur, température de conservation, personne qui l’a reçu. Chaque transaction est cryptée et liée à la précédente. Impossible de modifier ou de supprimer une entrée. Si un faux médicament entre dans la chaîne, il ne peut pas se faire passer pour un vrai. Le système le bloque automatiquement.
En 2022, la FDA a mené un essai avec Pfizer, Genentech et AmerisourceBergen. Résultat : 99,8 % de précision dans la vérification. Zéro contrefaçon détectée comme authentique. C’est une révolution. Avant, les pharmacies vérifiaient les lots par des documents papier ou des bases de données centralisées. Facile à falsifier. Facile à pirater. La blockchain, elle, n’a pas de point unique de défaillance. Pas de hacker qui peut tout effacer d’un coup.
Le problème des génériques : une cible facile
Les médicaments génériques sont moins chers. C’est une bonne chose. Mais cette faiblesse les rend vulnérables. Les contrefacteurs savent qu’ils peuvent vendre des pilules sans principe actif, ou avec une dose erronée, à des prix très bas. Et les acheteurs, surtout dans les zones rurales ou les pays en développement, n’ont souvent pas le choix.
En Inde, les hôpitaux Apollo ont réduit les cas de contrefaçon d’antipaludéens de 94 % après avoir mis en place un système blockchain. En Afrique, 30 % des médicaments vendus en ligne sont des contrefaçons. En Europe, même si les lois sont plus strictes, les pharmacies en ligne non régulées continuent de propager des faux. La blockchain ne résout pas tout - elle ne détecte pas si un médicament est chimiquement mauvais - mais elle empêche les contrefaçons de passer pour des vraies.
Les grandes marques ont commencé. Pfizer, Novartis, Roche : tous testent ou utilisent déjà la blockchain. Mais les fabricants de génériques ? Beaucoup n’ont pas les moyens. L’investissement initial pour une ligne de production est d’environ 1,7 million de dollars. Pour une petite entreprise, c’est énorme. C’est pourquoi seulement 31 % des fabricants de génériques ont mis en place ce système, selon l’Association des médicaments génériques (2024).
La blockchain contre les méthodes traditionnelles
Avant la blockchain, les pharmaciens comptaient sur des hologrammes, des encres changeantes, des codes-barres simples. En 2020, 42 % des entreprises utilisaient ces techniques. Mais selon INTERPOL, 38 % de ces contrefaçons étaient encore reproduites avec succès. Les hologrammes peuvent être copiés. Les codes-barres peuvent être imprimés sur des boîtes falsifiées.
La blockchain, elle, ne peut pas être contrefaite sans accéder à l’ensemble du réseau. Et ce réseau est protégé par des centaines d’entreprises. Pour falsifier un médicament, il faudrait pirater simultanément les systèmes de Pfizer, de la FDA, du grossiste, de la pharmacie… et tout cela en temps réel. C’est techniquement impossible avec les méthodes actuelles.
Et puis, il y a les bases de données centralisées. Elles sont lentes, vulnérables, et souvent incompatibles entre les pays. La blockchain, elle, est interopérable. Une boîte de médicament fabriquée aux États-Unis peut être vérifiée en France, en Inde ou au Canada, sans problème. C’est ce que la loi DSCSA aux États-Unis exige depuis novembre 2023. L’UE suit avec la Directive sur les médicaments falsifiés (FMD).
Les limites réelles - ce que la blockchain ne fait pas
La blockchain ne vérifie pas la qualité chimique du médicament. Elle ne dit pas si le comprimé contient bien 500 mg de paracétamol. Elle dit seulement : « Ce comprimé est bien celui que Pfizer a sorti de son usine le 12 janvier 2026. »
Si quelqu’un prend un vrai médicament, le retire de sa boîte, le vide, le remplit avec une poudre toxique, et le remet dans une boîte authentique, la blockchain ne le saura pas. C’est pourquoi certains experts, comme la Dr. Sarah Wynn-Williams, disent que la blockchain crée un « faux sentiment de sécurité ». Il faut combiner la vérification numérique avec des tests physiques - comme la spectroscopie - pour être vraiment sûr.
Autre problème : la connectivité. Dans les zones rurales, l’internet est lent ou inconstant. Un pharmacien en pleine campagne peut ne pas pouvoir vérifier un médicament en temps réel. Dans une enquête de la National Community Pharmacists Association, 63 % des pharmaciens ont signalé des problèmes de connexion. Et si le système tombe en panne ? En 2022, une chaîne de pharmacies du Midwest a été bloquée pendant trois jours à cause d’un manque de nœuds de sauvegarde.
Enfin, il y a la formation. Les pharmaciens ne sont pas des informaticiens. Il faut 6 à 8 semaines pour apprendre à utiliser les nouveaux systèmes. Et les manuels d’utilisation ? Beaucoup sont mal traduits, incomplets. Seuls les grands fournisseurs comme MediLedger proposent un support complet. Les petits logiciels ? Moins de 3 sur 5 de satisfaction.
Comment ça va évoluer d’ici 2030 ?
Le marché mondial de la blockchain pour les médicaments était de 427 millions de dollars en 2023. Il devrait atteindre 3,8 milliards d’ici 2028. C’est une croissance de plus de 50 % par an. Pourquoi ? Parce que les lois obligent. La FDA vient de publier des normes obligatoires pour la vérification blockchain, en vigueur depuis janvier 2026. Tous les médicaments sur ordonnance aux États-Unis devront être traçables.
Les prochaines évolutions sont déjà en cours. Pfizer teste des capteurs IoT dans les colis pour surveiller la température et l’humidité en temps réel. La blockchain va bientôt intégrer ces données. Ce n’est plus juste un passeport pour le médicament - c’est un système de surveillance complète.
Et les algorithmes d’intelligence artificielle ? Ils apprennent à détecter les anomalies. Un comprimé qui a été manipulé, un changement de couleur, un poids anormal - l’IA le repère avant même qu’un humain le voie. En 2023, une étude a montré une précision de 98,7 % pour détecter les contrefaçons.
À long terme, 75 % des médicaments sur ordonnance dans les pays développés seront vérifiés par blockchain d’ici 2027. Pour les génériques ? C’est plus compliqué. Le coût représente 12 à 15 % de la valeur du produit. Pour un médicament à 2 euros, ce n’est pas rentable. Mais les gouvernements pourraient subventionner la mise en place pour les génériques essentiels - comme les antibiotiques ou les traitements du diabète. C’est la seule façon d’éviter que la blockchain ne devienne un luxe pour les riches.
Que faire maintenant ?
Si vous êtes pharmacien : demandez à votre fournisseur si votre système de gestion est compatible avec la blockchain. Si vous êtes patient : vérifiez toujours l’origine de vos médicaments. Ne commandez pas sur des sites inconnus. Même si le prix est bas, la sécurité vaut plus que quelques euros.
Si vous êtes fabricant de génériques : commencez par un petit projet pilote. Ne cherchez pas à tout automatiser d’un coup. Testez avec un seul produit. Utilisez des plateformes comme MediLedger ou des partenariats avec des grossistes qui ont déjà la technologie. Les coûts baissent chaque année. Et les subventions arrivent.
La blockchain ne va pas éliminer tous les médicaments contrefaits. Mais elle va en éliminer la majorité. Et pour les gens qui dépendent des génériques - les pauvres, les vieillards, les malades chroniques - c’est une question de vie ou de mort.
Comment la France s’engage-t-elle dans ce changement ?
La France suit l’UE, mais lentement. La Directive sur les médicaments falsifiés (FMD) est en vigueur depuis 2019, mais l’adoption de la blockchain est encore limitée. Seules quelques grandes chaînes de pharmacies et les laboratoires majeurs (Sanofi, Servier) ont commencé des projets pilotes. L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) travaille avec l’Union européenne sur des normes communes, mais il n’y a pas encore de calendrier national pour la blockchain.
Les pharmaciens français sont prêts. Une enquête menée en 2024 montre que 86 % des pharmacies participantes jugent les systèmes blockchain « très précis ». Mais 72 % disent ne pas avoir reçu de formation suffisante. Le manque de financement public reste le principal frein.
Il est temps que la France prenne une position plus forte. Pas seulement pour protéger ses citoyens, mais pour devenir un leader européen dans la sécurité pharmaceutique. La technologie existe. Les preuves sont là. Ce qui manque, c’est la volonté politique.
Jean-Michel DEBUYSER
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